Aucun enfant ne peut apprendre s'il est privé de dignité : pourquoi l'Afrique doit agir dès maintenant en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène dans les écoles

Chaque année, la Journée de l’enfant africain nous invite à nous souvenir, à réfléchir et à renouveler notre engagement en faveur des droits, de la dignité et de l’avenir des enfants africains. Elle nous rappelle que l’éducation ne se résume pas à l’accès aux salles de classe, aux manuels scolaires ou aux enseignants. Il s’agit également de garantir que chaque enfant puisse apprendre en toute sécurité, en bonne santé et dans la dignité.

En 2026, cet appel revêt un caractère particulièrement urgent. Le thème, “ Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique ”,” place l'un des fondements les plus essentiels du bien-être des enfants au cœur des préoccupations du continent. Pour FAWE Africa, ce thème correspond parfaitement à notre mission. Il ne s'agit pas seulement d'infrastructures. Il s'agit de droits, d'égalité entre les sexes, d'inclusion et du type de continent que nous construisons pour la prochaine génération.[1]

Un enfant ne peut pas s’épanouir pleinement là où la dignité fait défaut. Une fille ne peut pas participer pleinement à la vie scolaire lorsque les installations sanitaires sont insalubres, insuffisantes ou inexistantes. Un élève ne peut pas se concentrer lorsque l’accès à l’eau potable n’est pas garanti. Une école ne peut être qualifiée d’inclusive si elle n’offre pas les conditions de base permettant à chaque enfant, y compris les filles, les enfants en situation de handicap, les enfants déplacés et ceux issus de communautés rurales ou marginalisées, d’apprendre en toute sécurité et sur un pied d’égalité.

L'ampleur du défi reste considérable. À l'échelle mondiale, 447 millions d'enfants ne disposent toujours pas de services d'approvisionnement en eau potable de base à l'école, 427 millions ne disposent pas de services d'assainissement de base et 646 millions ne disposent pas de services d'hygiène de base.[2] Ce ne sont pas là des chiffres abstraits. Ils représentent des enfants scolarisés dans des établissements qui ne remplissent pas encore les conditions minimales requises pour garantir leur santé, leur dignité et une participation effective.

L'eau, l'assainissement et l'hygiène sont souvent considérés comme des enjeux liés à la santé ou aux infrastructures. C'est le cas, mais ce sont aussi des enjeux éducatifs. Ils déterminent si les enfants vont à l'école, y restent, s'y sentent en sécurité et apprennent sans crainte, sans honte et sans être exclus. Lorsque ces services font défaut, ce sont les enfants déjà défavorisés qui en font le plus les frais.

Les filles sont particulièrement touchées. L'insuffisance des installations sanitaires porte atteinte à l'intimité, à la dignité menstruelle, à la sécurité, à l'assiduité scolaire et à la confiance en soi. En Afrique subsaharienne, seules 12% des écoles fournissent des produits d'hygiène menstruelle gratuitement ou à la vente, et seules 11% disposent de poubelles destinées aux déchets menstruels dans les toilettes des filles.[3] Lorsque les filles ne peuvent pas gérer leurs règles en toute sécurité et en toute intimité à l'école, leur droit à l'éducation s'en trouve compromis. Il ne s'agit pas d'un simple désagrément, mais d'un obstacle structurel à l'apprentissage, à la participation et à l'égalité.

Il en va de même pour les enfants en situation de handicap qui n’ont pas accès à des toilettes sûres et adaptées, pour les enfants scolarisés dans des écoles rurales dépourvues d’un approvisionnement en eau fiable, ainsi que pour les enfants déplacés qui étudient dans des environnements fragiles où les services WASH sont souvent surchargés, voire inexistants. Il s’agit là d’échecs en matière d’inclusion et d’équité, et pas seulement d’échecs dans la prestation des services.

L'Afrique ne peut pas parler d'éducation de qualité alors que des enfants étudient dans des écoles dépourvues de toilettes sûres. Nous ne pouvons pas parler d'égalité entre les sexes alors que des filles manquent des cours parce que les écoles ne sont pas équipées pour garantir leur santé menstruelle et leur dignité. Nous ne pouvons pas parler de développement du capital humain alors que des millions d'enfants sont privés des conditions de base qui rendent l'apprentissage possible. On ne peut pas parler de l’Agenda 2063 tant que les fondements de la dignité restent inégalement répartis.

La Journée de l'enfant africain doit donc être plus qu'une simple commémoration. Elle doit constituer un appel à l'action politique.

Tout d'abord, les gouvernements doivent placer les services WASH en milieu scolaire au cœur de la planification et du financement de l'éducation. L'eau, l'assainissement et l'hygiène ne doivent pas être considérés comme des équipements facultatifs à mettre en place une fois les salles de classe construites. Ils doivent faire partie des normes minimales pour chaque école.

Deuxièmement, l’Afrique doit investir dans des infrastructures scolaires inclusives et tenant compte des questions de genre. Cela implique des installations sanitaires séparées, sûres, accessibles et bien entretenues pour les filles et les garçons. Cela implique des installations adaptées aux besoins des enfants en situation de handicap. Cela implique une gestion de l’hygiène menstruelle intégrée aux systèmes scolaires, et non considérée comme un don, une réponse d’urgence ou une mesure secondaire. Troisièmement, le programme WASH à l’école doit être intégré aux systèmes de données et de responsabilisation en matière d’éducation. Les ministères de l’Éducation, les ministères chargés de l’eau et de l’assainissement, les collectivités locales, les responsables scolaires, les communautés et les partenaires de développement doivent travailler ensemble pour identifier les écoles qui y ont accès, celles qui sont à la traîne et les enfants les plus touchés. Ce qui n’est pas mesuré est trop souvent négligé.

Chez FAWE Africa, nous sommes convaincus que l’éducation est l’un des outils les plus puissants pour transformer la vie des filles et des femmes à travers le continent. Mais l’éducation ne se fait pas en vase clos. La capacité d’un enfant à apprendre dépend de sa sécurité, de sa santé, de sa dignité, de sa protection et de son inclusion. C’est pourquoi le programme WASH doit être considéré comme faisant partie intégrante de la lutte plus large en faveur de systèmes éducatifs inclusifs et sensibles au genre.

À l'occasion de cette Journée de l'enfant africain, FAWE Africa appelle les gouvernements, les institutions de l'Union africaine, les partenaires au développement, la société civile, les responsables scolaires, les communautés et le secteur privé à agir avec urgence et ambition.

Investissons dans des écoles où chaque enfant a accès à l’eau potable. Construisons des systèmes d’assainissement qui préservent la dignité. Faisons en sorte que l’hygiène menstruelle fasse partie intégrante de la planification de l’éducation. Veillons à ce que les enfants en situation de handicap ne soient pas exclus dès la conception des projets. Placons les besoins et la voix des filles au cœur de la réforme des infrastructures scolaires et de l’éducation.

L'enfant africain ne demande pas l'aumône. L'enfant africain a des droits. Parmi ces droits figure celui d'accéder à l'éducation dans un environnement sûr, sain, inclusif et digne. Pour que chaque enfant africain puisse apprendre, nous devons avant tout protéger sa dignité.

Par Mme Aïcha Bah Diallo, présidente de FAWE Afrique


[1] Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, Journée de l'enfant africain 2026, thème : “ Garantir l'accès universel à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène pour chaque enfant en Afrique. ”

[2]Programme conjoint de suivi de l'OMS et de l'UNICEF, Progrès en matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène dans les écoles 2015-2023 : dossier spécial sur la santé menstruelle, 2024.

[3]L'UNICEF et l'OMS, 10 faits en bref : la santé menstruelle à l'école, 2024.

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