L'Afrique a réalisé des progrès remarquables en matière d'éducation des filles. Il s'agit désormais de s'attaquer aux obstacles restants les plus tenaces.

À l’approche de 2030, il est important de revenir sur le parcours de l’Afrique en matière d’accès à l’éducation, marqué à la fois par des progrès remarquables et des défis encore à relever. Au cours des 25 dernières années, des millions de garçons et de filles supplémentaires ont intégré les salles de classe, sont restés plus longtemps à l'école et ont achevé leur parcours scolaire. Pourtant, derrière ces moyennes, de profondes inégalités persistent, en particulier pour les filles vivant en milieu rural, dans des foyers pauvres et dans des zones touchées par des conflits.

Un partenariat entre le Rapport mondial de suivi sur l’éducation et le Forum des femmes africaines spécialistes de l’éducation (FAWE) a permis la publication de nouvelles données dans un rapport consacré à l’égalité entre les sexes en matière d’accès à l’éducation en Afrique. Ce rapport montre que le défi auquel sont désormais confrontés les gouvernements ne consiste pas seulement à scolariser les filles encore exclues du système scolaire, mais aussi à leur garantir l’égalité des chances pour poursuivre et achever leurs études secondaires et universitaires. Il réitère un message général du Rapport GEM 2026 sur l’accès et l’équité : il n’existe pas de solution politique unique qui ‘ fonctionne ’. Une combinaison de mesures est nécessaire pour s’attaquer aux différents obstacles qui empêchent une pleine égalité entre les sexes dans l’éducation.

Une génération de progrès dans l'enseignement primaire et du premier cycle du secondaire

Dans un contexte marqué par de nombreuses informations négatives à l'échelle mondiale concernant les tendances dans le domaine de l'éducation, il ne faut pas sous-estimer l'ampleur des progrès réalisés en matière d'égalité d'accès entre les sexes.

Dans l’enseignement primaire, l’Afrique a parcouru un long chemin depuis les graves disparités entre les sexes qui prévalaient au cours des décennies précédentes. En 1970, on ne comptait que 69 filles scolarisées dans le primaire pour 100 garçons. En 2000, ce chiffre était passé à 86. La parité entre les sexes a finalement été atteinte en 2021. Des progrès importants ont également été enregistrés dans l'enseignement secondaire premier cycle, où, en 2024, on comptait un peu moins de 97 filles scolarisées pour 100 garçons, et où la parité est désormais à portée de main.

Les progrès sont tout aussi évidents en matière de scolarisation. Entre 2000 et 2024, le taux de non-scolarisation des filles en âge d’aller à l’école primaire et secondaire est passé de 47% à 28%. Chez les garçons, il est passé de 39% à 27%. L'écart entre les sexes en matière d'exclusion scolaire a pratiquement disparu.

Les taux d'achèvement scolaire témoignent d'une évolution tout aussi marquante. L'écart de neuf points de pourcentage entre les garçons et les filles dans l'achèvement du primaire, qui était en faveur des garçons en 1990, s'est inversé : les filles sont désormais plus susceptibles que les garçons de terminer l'école primaire dans les délais prévus. Dans l'enseignement secondaire inférieur, l'écart de cinq points de pourcentage qui existait en 1990 a été comblé en 2022.

L'enseignement secondaire supérieur et l'enseignement supérieur continuent de poser des défis

En 2022, la publication et la campagne annuelles du rapport GEM consacrées à l'égalité des sexes ont appelé à ‘Approfondir le débat’ concernant les débats sur l'équité et l'égalité entre les sexes dans l'éducation. Plus on examine les données de près, plus les nuances apparaissent.

Si la parité a été atteinte dans l'enseignement primaire et le premier cycle du secondaire, on ne comptait encore, en 2024, que 93 filles inscrites dans l'enseignement secondaire supérieur pour 100 garçons à l'échelle de l'Afrique. Au niveau de l'enseignement supérieur, on comptait 94 jeunes femmes inscrites pour 100 jeunes hommes.

Les disparités régionales sont frappantes, ce qui montre qu’il n’existe pas de réalité africaine unique. En Afrique du Nord, le nombre de filles inscrites dans l'enseignement secondaire supérieur dépasse désormais celui des garçons, tandis que l'Afrique australe et l'Afrique occidentale se rapprochent de la parité. En Afrique centrale, cependant, on ne compte que 79 filles pour 100 garçons, et en Afrique orientale, seulement 71 filles pour 100 garçons.

Ce que les taux de réussite ne révèlent pas

Alors que nous nous attachons à approfondir le débat, l'une des conclusions les plus intéressantes de ce document d'orientation concerne la manière dont on mesure le taux de réussite.

L'indicateur officiel des ODD évalue si les jeunes terminent leur scolarité dans un délai raisonnable de trois à cinq ans après avoir atteint l'âge de fin de scolarité (achèvement dans les délais). D'après cet indicateur, les filles semblent avoir rattrapé leur retard par rapport aux garçons et, dans certains cas, les avoir même dépassés, comme le montre le graphique ci-dessus.

Mais lorsque l’on prend en compte ceux qui terminent leurs études encore plus tard (ce que l’on pourrait appeler la « fin d’études ultime »), une image différente se dessine. Les garçons sont bien plus susceptibles de commencer l’école tardivement, de redoubler et, au final, de terminer leurs études à un âge plus avancé. Lorsque l’on prend en compte ces élèves qui terminent leurs études tardivement, l’écart entre les sexes passe de un à cinq points de pourcentage. En d’autres termes, les filles ont peut-être autant de chances que les garçons de terminer le secondaire supérieur dans les délais prévus, mais les garçons sont plus susceptibles de rester à l’école suffisamment longtemps pour finir par obtenir leur diplôme.

Ce constat reflète les pressions auxquelles sont confrontées de nombreuses filles à mesure qu'elles grandissent, notamment le mariage précoce et les grossesses précoces, qui rendent plus difficile la poursuite de leur scolarité.

La pauvreté et la situation géographique ont autant d'importance que le genre

Cet article présente une analyse des données issues du Base de données mondiale sur les inégalités en matière d'éducation (WIDE) ce qui montre que le lieu de résidence d'une jeune fille et le niveau de richesse de son foyer peuvent avoir une influence considérable sur ses chances de réussite scolaire.

Dans des pays tels que le République démocratique du Congo et Sénégal, la parité entre les sexes est désormais une réalité dans les zones urbaines. En revanche, dans les zones rurales, on compte moins de 6 filles qui terminent le deuxième cycle du secondaire pour 10 garçons.

Les disparités sont encore plus marquées lorsqu'on examine la répartition des richesses. En Angola, Mozambique et d'avant-guerre Soudan, parmi les ménages les plus pauvres, on compte au maximum trois filles qui terminent leurs études secondaires supérieures pour dix garçons. En revanche, parmi les ménages les plus riches de certains de ces mêmes pays, les garçons et les filles terminent leurs études secondaires supérieures à des taux presque identiques.

Ces conclusions soulignent la nécessité d'aller au-delà des moyennes à mesure que nous approfondissons le débat. Un pays peut sembler proche d'atteindre la parité entre les sexes dans l'ensemble, tout en laissant aux jeunes filles issues de milieux ruraux défavorisés peu de chances de mener leur scolarité à son terme.

Adopter une approche à plus long terme pour trouver des solutions

Les données examinées dans le rapport mettent en évidence plusieurs mesures qui ont permis d’améliorer la participation et le taux de réussite des filles.

  1. La législation a son importance. La mise en place de la gratuité et de l'obligation de l'enseignement secondaire inférieur dans 14 pays africains a permis d'augmenter la durée moyenne de scolarité des filles de 1,6 année et d'améliorer le taux d'achèvement du secondaire de 14 points de pourcentage.
  2. La réduction des obstacles financiers est également efficace. Les transferts en espèces, les bourses d'études et les programmes de cantines scolaires ont permis d'améliorer de manière constante les taux de scolarisation, d'assiduité et d'achèvement de la scolarité, en particulier chez les filles et les élèves défavorisés. Au Mali, le programme national de protection sociale « Jigisemejiri » a permis de doubler le taux de scolarisation des filles en âge de fréquenter le deuxième cycle du secondaire. Il est tout aussi important que les établissements scolaires soient sûrs et offrent un environnement favorable.
  3. Il a été démontré que les investissements dans l’assainissement, les transports, les infrastructures scolaires et la protection contre les violences liées au genre contribuent tous à accroître la scolarisation des filles. Au Mozambique, la formation du personnel scolaire à la lutte contre les violences liées au genre et le fait d'encourager les filles à signaler les incidents ont permis de réduire la violence et d'augmenter le taux de scolarisation.

Mais l’enseignement plus général tiré du rapport GEM 2026, qui trouve tout son sens dans l’article d’aujourd’hui, est qu’aucune mesure isolée ne suffit. Les pays qui ont réalisé les progrès les plus rapides et les plus équitables ne se sont pas appuyés sur une seule réforme ni n’ont importé une politique d’ailleurs. Au contraire, ils ont fait des choix politiques adaptés à leur propre contexte, en adaptant les idées aux réalités locales, en tenant compte de la combinaison unique d’opportunités, de contraintes et de capacités institutionnelles propre à chaque pays.

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